Mission en Amérique centrale : mémoires d'un ambassadeur, 1970-1973

L'idée de décrire la poursuite de ma carrière diplomatique m'est venue après
l'achèvement de mon premier livre sur mon séjour dans la colonie belge d'Afrique
comme administrateur et commissaire de District. Ma désignation au poste
d'ambassadeur dans la partie la plus importante d'Amérique centrale, après mes
fonctions diplomatiques à Vienne et à Ankara, donnait une nouvelle orientation
à ma carrière. Au Panama, un canal d'eau douce relie les deux océans les plus
importants de notre planète. Au Costa Rica, j'aurais l'occasion de découvrir une
super-démocratie - la seule en Amérique latine -, où l'armée avait été supprimée.
Le Nicaragua, troisième pays de ma juridiction diplomatique, envisageait aussi
de creuser un canal au niveau de la mer. J'estimais que c'était là une perspective
fantastique qui exercerait une action stimulante sur mon imagination.
Je passai plus de trois ans dans cette partie de l'isthme, et ce furent les moments
les plus beaux et les plus instructifs de ma vie, auxquels je pense encore avec une
grande satisfaction. Non seulement parce qu'ils m'ouvraient un nouveau monde,
mais aussi pour la découverte de leur diversité.
En plus de cela, de nombreux événements signifiaient un tournant dans l'histoire
de ces pays et pouvaient avoir des répercussions internationales. La réunion à
Panama du Conseil de Sécurité des Nations Unies, en dehors de son siège américain,
en fut l'un des faits les plus marquants. Cette assemblée était en effet d'une
importance cruciale pour le trafic maritime international entre les deux plus
grands océans de ce monde. Comme représentant officiel de notre pays dans ces
débats, notre contribution à la solution positive qui en résulta fut l'expérience la
plus importante de ma carrière diplomatique.
Enfin, en décembre 1973, un tremblement de terre détruisit Managua, la capitale
du Nicaragua, faisant un nombre de victimes estimé à quelque quinze mille personnes.
La fourniture à ces populations d'une centaine de maisons préfabriquées,
en bois, dans le Reparto Bélgica, un faubourg de Managua, fut fort appréciée et il
me fut possible de mener à bien cette opération avant de quitter définitivement
l'Amérique centrale.