Le tourment de l'origine : le malaise identitaire

L'homme occidental est hanté par le deuil d'une origine
dont il ne cesse de vouloir saisir le nom dans les mythes,
les fables et les religions qui en constituent le récit. Mais à
mesure qu'il tentait de nommer le monde, son tourment ne
cessait de croître car ce qu'il nommait là l'éloignait d'autant
de lui-même, l'altérait de manière irréversible, menaçait de
le dissoudre.
L'humanité est-elle une ou plurielle ? Pour répondre à la
question de la diversité humaine on devait observer, classer,
hiérarchiser les hommes, ce qui revenait aussi à les séparer,
les différencier, et au bout du compte à distinguer entre
«eux» et «nous». Avec les Lumières, les cultures sont déclarées
incommensurables. Si chacune aspire à l'universalité
sont-elles pour autant égales ? Les hommes sont-ils assignés
à une culture, aliénés à des représentations, enfermés dans
le musée de ce que nous fûmes ou promis à un à-venir ?
Aujourd'hui, le débat sur l'identité traduit un malaise
dans la culture. Il s'agit de distinguer entre le pluralisme
nécessaire à toute vie démocratique et un multiculturalisme
qui peut en être la limite. L'effacement des repères symboliques,
le décloisonnement des cultures, le brassage des populations,
a favorisé l'émergence d'une identité cosmopolite
autant que fondamentaliste, communautariste, clanique,
ethnique.
La psychanalyse nous enseigne que l'identité ne se donne
que masquée. Une identité qui prétend à l'immuabilité
menace non seulement le corps social mais porte atteinte à
l'idée même d'humanité.