Kafka et la question éthique

Tout en donnant une grande place aux écrits intimes de Franz
Kafka, situés dans les dernières années de sa vie, et notamment la
correspondance avec Milena Jesenská, cet essai met en évidence
son rapport à l'éthique qui n'est pas pour lui un dogme d'une
morale universelle mais plutôt un rapport d'exactitude à soi-même.
L'oeuvre de Kafka - rejetant finalement la pensée de Kierkegaard
- se caractérise par un refus des usages courants de l'éloquence
morale et religieuse qui prétend enseigner à l'homme la loi. Il n'y a
pas pour lui d'autre possibilité de fixer l'objet du questionnement
car celui qui écrit ne se saisit pas comme modèle mais comme sujet
d'une expérience, qu'il nomme «blessure» et qui ne peut être dite
que provisoirement, par ajouts successifs. Pourtant, malgré la
plainte, on sent poindre dans la vie de Kafka, aux alentours de
1918-1920, en même temps qu'un réexamen du poids de la faute,
l'espoir de s'affranchir de certaines contraintes normatives, ce que
son séjour à Berlin en 1921 et sa liaison avec Dora Diamant
viennent confirmer. C'est finalement une autre figure de Kafka que
nous voulons redessiner.