Romans à clés : les ambivalences du réel

Volontiers snobé par les écrivains, qui pourtant l'ont
souvent pratiqué, le roman à clés est suspect. Il ne
l'est pas moins aux yeux des universitaires adeptes
de l'herméneutique textuelle, qui le réduisent ordinairement
à une opération de cryptage par l'écriture
et de décryptage par la lecture. Trouver les bonnes
clés (noms, lieux, événements) et les ajuster aux
bonnes serrures seraient les seuls gestes appelés par
ces romans lus en détournant la tête.
À rebours de cette double doxa, qui simplifie les
mécanismes du genre et l'identifie à un seul de ses
nombreux avatars, les contributeurs au présent
volume ont relevé le défi d'examiner vraiment,
en les prenant au sérieux, un corpus diversifié de
romans à clés - de Balzac à Jean-Benoît Puech et
Olivier Rolin en passant par Rachilde, Proust et
Simone de Beauvoir -, à côté d'autres formes de
travail sur la référentialité telles que l'autofiction,
les notices biographiques des dictionnaires parodiques,
les biographies imaginaires ou encore la
métafiction dans le cinéma de Woody Allen.
L'attention se trouve ici portée non seulement sur
le fonctionnement des oeuvres retenues, mais aussi
sur les dérèglements, les pratiques ludiques et les
enjeux de pouvoir qui s'y cachent. Loin d'être une
simple transposition de potins littéraires, le roman
à clés ouvre ainsi sur une réflexion touchant aux
frontières entre fiction et référence au réel.