Une conversion au XVIIIe siècle : mémoires de la comtesse de Schwerin

En plein hiver 1721, la comtesse de Schwerin est expulsée de Königsberg vers
la Pologne. Elle ne reverra plus son mari, ni ses enfants, et mourra en exil
en 1732, à l'âge de 48 ans. Son crime ? Avoir trahi sa foi, avoir fui l'austère
religion réformée pour les ors et les pompes du catholicisme. Dans l'Europe
des capitales, la comtesse regarde vers Vienne, où triomphe la Contre-Réforme,
et vers l'empereur, qu'auréole la reconquête de la Hongrie. Ce faisant, elle
commet un double crime, religieux et politique, dans la Prusse autoritaire de
Frédéric-Guillaume I<sup>er</sup>.
Les mémoires de la comtesse de Schwerin font partie des très rares autobiographies
féminines de l'Allemagne du XVIII<sup>e</sup> siècle. Ils racontent d'abord l'émoi
spirituel, l'angoisse du salut, la rencontre avec un autre Dieu que celui de
l'enfance. Mais dans ce libre récit de conversion prennent place bien d'autres
motifs d'intérêt : la vie familiale de l'aristocratie, le tableau des cours de Berlin
et de Vienne, les alliances et les antagonismes entre les grandes familles, les
rivalités confessionnelles...
L'Histoire de ma vie est aussi un portrait de femme. Une femme hypersensible,
exaltée, folle amoureuse de son mari et lancée dans la quête fiévreuse de la
vérité divine. La comtesse se proclame faible et timide, mais elle ne craint ni
les grossesses, ni le martyre, ni la rupture avec son roi, sa famille et ses amies.
Mais elle souffrira jusqu'au bout d'avoir perdu ses enfants et, par-dessus tout,
d'avoir eu à choisir entre son Dieu et son époux.
Les mémoires de la comtesse de Schwerin sont un document inédit, qui sommeillait
dans le fonds de la Bibliothèque Méjanes, à Aix-en-Provence. Nous
sommes heureux de pouvoir le mettre à la disposition du public, avec un
appareil critique préparé par une équipe internationale de chercheurs.