Coup de foudre : étude linguistique d'une métaphore

L'analyse de centaines d'occurrences prises en discours de l'expression
coup de foudre et des termes qui la composent montre qu'elle possède
trois acceptions :
«frappe d'un feu céleste»,
«amour subit et violent»,
«désir irrésistible de posséder quelque chose»,
autour d'un signifié générique :
«événement ponctuel et brutal provoquant une rupture dans l'ordre
attendu des choses».
L'approche sémantico-syntaxique montre les limites de la notion de
métaphore telle que la conçoivent les cognitivistes (cf. Lakoff et Johnson
1985) pour qui la métaphore est une construction mentale basée sur l'expérience
concrète et universelle des choses : l'expression coup de foudre
serait dérivée du foudroiement météorologique. Mais le caractère dérivé
de l'expression ne permet pas de comprendre ses occurrences en discours.
Et puis nulle autre langue que le français ne présente en de tels termes le
fait de tomber subitement amoureux. C'est que chaque langue naturelle
est un système autonome indépendant du monde et de la pensée ; ses
signes prennent leur identité dans les relations paradigmatiques et syntagmatiques
qu'ils entretiennent en discours. Il n'y a pas lieu d'établir de
hiérarchie entre les sens ni de distinguer entre sens source et sens figuré.
Finalement, c'est la notion même de métaphore qui est ici remise en
cause.