Cosmopolitiques, n° 11. Nord-Sud, nouveaux échanges, nouvelles frontières

Les divisions du monde en grands ensembles bien
délimités, en rapports de domination bien établis,
sont bousculées. Le Sud n'est plus là où on le pensait,
lorsqu'il intéressait le Nord pour des raisons
coloniales, de compassion ou d'exotisme. Le Sud est
au Nord, avec des émeutes récentes en France, et le
mythe de l'intégration n'y peut plus rien, il circule de
pays en pays, d'allers en retours, loin du statut établi
d'immigré, arraché à sa terre. Il oblige nos visions
modernistes du monde au compromis avec d'autres
modèles culturels, dans la vie la plus quotidienne
comme dans les cadres de pensée. Et surtout, le Sud
a déjà pris en main son destin (dans ce numéro, en
Inde, en Amérique Centrale, en Afrique), et le soutien
que le Nord peut lui apporter, à travers les ONG ou
l'Europe dans ce numéro, doit être attentif à ne pas
continuer à diffuser son modèle sous couvert de
solidarité, comme on a tendance à le faire pour les
modes de consommation énergétiques par exemple.
Ces circulations et ces échanges créent des conflits et
déstabilisent, mais les histoires relatées ici montrent
ce qu'ils apportent de pistes pour la réinvention d'un
monde commun, en s'appuyant sur des prises de
pouvoir singulières à chaque situation.
Nous pratiquons désormais des «cosmopolitiques»
parce que les liens qui nous attachent à nos mondes ne
sont pas à trancher mais à rediscuter, parce que la
complexité est la base même de toute l'écologie, parce que
l'incertitude de notre temps rend caduques ou ridicules les
prétentions dogmatiques ou technocratiques. Ces «Cahiers
théoriques pour l'écologie politique» se veulent une
contribution régulière pour penser l'activité politique des
acteurs qui font tenir ces collectifs incertains, qui cherchent
à recomposer des espaces de pouvoir ouverts.