Communication & langages, n° 165. Journalistes et citoyens : qui parle ?

Ce dossier constitue la première étape d'un programme en cours
qui questionne la notion d'ordinaire dans le champ du jounalisme.
Dans cette perspective, les travaux que nous présentons étudient
la manière dont l'«ordre du discours» journalistique cherche
à intégrer, absorber, tirer profit de ou rejeter d'autres pratiques
discursives dispersées, en périphérie ou à l'intérieur de l'espace
médiatique.
La complexité des situations et les jeux de négociations engagés
par les acteurs remettent en cause toute une série de frontières
sociales et symboliques : celles du territoire éditorial, celles
de l'identité professionnelle des journalistes, celles des formes
d'intervention dans l'espace public ou celles de l'ordre du discours
journalistique. Il faut ici s'intéresser à l'intrusion de l'ordinaire
- entendu comme l'absence de qualification, une parole de non-spécialiste,
par opposition à l'énonciation des experts identifiés
par un nom propre.
La montée en puissance de l'expression de l'usager et l'apparition
de divers lieux de production d'informations en dehors des espaces
labellisés, notamment sur et grâce à Internet, correspondent à une
fragmentation et à une personnalisation de l'offre médiatique -
et plus généralement des pratiques sociales - et à des tentatives
d'incarnation du lien social de part et d'autre de la médiation.
Comme ces phénomènes n'ont pas fait disparaître l'hégémonie des
médias référents en matière de diffusion de l'information, et que
cette situation leur préexiste, l'étude des pratiques collaboratives
médiatiques a été privilégiée plutôt que celle des seuls médias
labellisés «Web 2.0».