Clinique lacanienne (La), n° 16. Des perversions

Avant de prendre un sens médicolégal puis psychopathologique,
la perversion désignait le Mal, celui
du désir si l'on veut, satanique en effet, notre lot
commun depuis la chute d'Eden. Il faut tenir compte de ce lien
vague et général de la perversion au mal du désir en partant de
ce qui ravage une époque, comme le font plusieurs articles de
ce recueil. Cela importe avant de contester trop vite qu'il
s'agisse de la perversion proprement dite, telle que Freud en a
dégagé la structure, tout en restant d'ailleurs fidèle au sens de
l'étymologie latine de pervertere : mettre sens dessus dessous.
C'est bien la violence pulsionnelle, usuellement refoulée, qui
reprend le dessus. Mais où se trouve alors la perversion ? Un
obsessionnel friand de scène primitive peut s'adonner au
voyeurisme et à l'exhibitionnisme. Ceux qui - dans la presse
à sensation - passent pour de grands criminels pervers sont
souvent des psychotiques hallucinés. Alors qu'il ne vient plus
à l'idée de personne de considérer comme «pervers» d'inoffensifs
esthètes ou les adeptes des innombrables penchants
sexuels, qui vont de l'homosexualité au triolisme - Whatever
works ! (et pourtant...) -, on est bien loin des tiroirs pratiques
qui répartiraient la structure sur les trois cases : Psychoses /
Névroses / Perversion. Un peu plus de finesse s'impose comme
on le lira dans ce recueil : ce pervers, quel numéro !