Cléopâtre en abyme : aux frontières de la mythistoire et de la littérature

Cléopâtre en abyme
Anatole France : Elle était Grecque, mais elle était reine ; reine et, par
là, hors de la mesure et de l'harmonie...
Dante : Puis, voici Cléopâtre, à l'oeil luxurieux !
[L'aigle] fit pleurer aussi la triste Cléopâtre / Qui, fuyant devant lui,
demandait à l'aspic / Une mort ténébreuse aussi bien que soudaine.
« Dans le domaine de la littérature française du XX<sup>e</sup> siècle, la
Cléopâtre d'Anatole France (1894) dans sa préface consacrée à Une nuit
de Cléopâtre de Théophile Gautier, retient l'attention. Là où ce dernier,
par une distorsion des sources, fait naître une femme inquiétante,
le préfacier, lui, en fait émerger un portrait palimpseste, en interprétant
Plutarque. Aussi... le présent texte choisit d'entrer en résonance avec cette
première épigraphe jalonnée par les mots suivants : - Grecque, reine
hors de la mesure et de l'harmonie - et les deux extraits de Dante, auteur
imprégné de l'oeuvre de Virgile. En effet, dans le péritexte on juxtapose en
clair-obscur un portrait proche de l'humanité de la reine et l'aigle romaine
poursuivant l'Égyptienne, image traditionnelle du mal et de la luxure,
défaite qui préfigure l'aube du christianisme en vertu d'une prodigieuse
mise en abyme. »
Dans le présent polyptyque, les auteurs tentent d'approcher ce
personnage emblématique d'après les temples, la numismatique du levant
et l'épigraphie chypriote, en effectuant un détour par la vision qu'en a
Plutarque à travers la tradition romaine. Ils ouvrent également une fenêtre
à propos de son évolution sur les planches des Modernes, ou sur la façon
dont, sous la plume de Théophile Gautier, elle devient un personnage
dévoyé, puis comment, comme aux États-Unis, elle porte tant la cause
abolitionniste que la condition féminine, en accumulant les paradoxes.