Chimères, n° 81. Bêt(is)es : entre Derrida, Deleuze-Guattari et Sloterdijk

Chimères, n° 81. Bêt(is)es : entre Derrida, Deleuze-Guattari et Sloterdijk

Chimères, n° 81. Bêt(is)es : entre Derrida, Deleuze-Guattari et Sloterdijk
Éditeur: Erès
2014253 pagesISBN 9782749239552
Format: BrochéLangue : Français

«Qu'ils sont bêtes !», c'est le cri qu'on pousse pour injurier tous ceux qui violentent

notre capacité d'entendement et de tolérance, qu'il s'agisse du déferlement

haineux d'un fondamentalisme, ou même de la vulgarité d'une émission de télé-réalité.

Et cette angoisse diffuse, nous n'aurions jamais été autant cernés par des puissances

bêtes et malfaisantes, des poussées identitaires d'une autre époque, le règne des marchés

financiers et la suffisance de leurs représentants. Nous serions une multitude à partager

cet état d'hébétude, presque de l'ordre d'un trauma, en nous sentant paradoxalement

toujours plus seuls et démunis.

La bêtise chez Deleuze et Derrida est le véritable problème de la pensée. Comment peut-on

être bête, c'est-à-dire cantonner la pensée à reproduire le bien connu, par exemple ?

La bêtise est un régime où la pensée se complaît par conformisme au lieu d'exercer son

inventivité, au lieu d'obéir aux forces qui la poussent à créer.

Mais également, comment peut-on éviter d'être bête ? La bêtise protège, elle s'abreuve

de savoir pour se complaire dans une image de souveraineté, elle engendre une violence

réactive qui préserve le reflet du miroir.

Au-delà de la distinction de l'homme et de l'animal, toute décision ou action souveraines

ne se mêleraient-elles pas inextricablement à de la bêtise et de la bestialité ? Se déplaçant

sur la multitude des seuils de la langue comme une émanation nocive incontrôlable, la

bêtise inquiète et rend les utopies suspectes, elle laisse planer la menace de sa capacité

d'envahissement.

Impuissance ? Fatalité ? Et si nos démocraties tenaient elles-mêmes sur des pactes

anachroniques, produisant des subjectivités qui dénient tout jeu à l'inconscient et

donnant libre cours à des pensées basses qui déchaînent la bêtise ?

Ce numéro de Chimères mettra en scène ce combat entre la bête humaine et l'animal

politique, entre des affects et des raisonnements, entre une souveraineté fondée sur la

force et la musique d'un peuple en marche vers une démocratie toujours à venir.

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