Charles de Ziegler : 1890-1962 : peintre aquarelliste genevois

On reconnaît au premier coup d'oeil un «Ziegler». A
ce qu'il représente, bien sûr. Immanquablement
une vue du canton de Genève. Si possible avec fond
de Salève, un coin charmant de la vieille-ville ou une femme
pudiquement nue. Mais, surtout, ce singulier mélange de
crayon, de gouache et d'huile donne à ses oeuvres une
tonalité sépia qui permet de reconnaître l'artiste entre tous...
C'est ce qui frappe chez ce peintre et qui fait de lui un
peintre aussi familier que le général Guisan dans les bistrots :
cette tonalité sépia, je veux dire son art de nous montrer
toute chose qu'il a regardée et aimée comme si celle-ci avait
aussitôt accepté de poser pour lui, docilement, prête à se
laisser transfigurer pour l'éternité.
Bardé de son chevalet et de sa palette comme un
photographe de son trépied, Ziegler était porté à saisir non
pas l'instantané, mais la permanence des lieux qui lui
semblaient les plus dignes de résister au temps. De cette
première moitié du XX<sup>e</sup> siècle, surtout celle d'avant-guerre,
il voulait en somme témoigner, celle où l'on pouvait encore
contempler la campagne, un coin de vieille-ville ou le corps
d'une femme en toute sérénité.
Oui, on se plaît, dans les oeuvres du peintre genevois, à
rêver d'une époque qui n'était sans doute pas plus
insouciante que la nôtre, mais disons, plus simple. Voilà
pourquoi il y a quelque chose de zen dans la peinture de
Charles de Ziegler. Elle semble vouloir nous dire : «Voilà
comment les choses devraient demeurer à jamais.»
Exactement comme Rimbaud s'exclamait : «Mon Dieu, la vie
est là, simple et tranquille !»
Serge Bimpage