L'homme qui voulait changer d'étoile : si c'est un père... : récit

Ce livre aurait pu s'appeler "Pension alimentaire". En effet,
quand l'acharnement à en exiger le paiement va jusqu'à
l'incarcération du père, et le contraint finalement à l'exil -
endommageant, au passage, des liens filiaux et parentaux, déjà
compromis par la séparation d'un couple mal assorti dès
l'origine -, on en vient à se demander si le remède n'est pas pire
que le mal. C'est, en tout cas, ce que pense l'auteur, qui a longtemps
gardé le silence sur ce saccage, avant de se décider à le
relater, à plusieurs décennies de distance, pour plus de
sérénité.
Situation banale, dira-t-on. Ce serait vrai si ce drame n'avait
pour cadre les décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale.
La mentalité d'alors paraît aujourd'hui rétrograde. Et
c'est justement ce qui fait le charme, désuet mais attachant, de
cette oeuvre intimiste, sur fond d'amour fleur bleue,
d'idéalisme et de religiosité.
Car c'est une particularité rare de ce livre, que de relater la
trajectoire du pur produit de l'éducation sentimentale et
piétiste d'alors, qu'est Claude Miranda, englué dans une situation
que rien ne l'avait préparé à affronter, avec, pour tout
viatique, une foi mise à mal par l'hypocrisie confessionnelle de
son milieu. Beaucoup de contemporains de cette époque s'y
reconnaîtront. Quant à leurs enfants, ils comprendront
peut-être mieux le malaise, voire l'intolérance de certains de
leurs aînés, face à la morale libérée, voire débridée, de la
société actuelle.
Mais, qu'on se rassure, Miranda ne fait la morale à personne.
Les sentencieux «y'avait-qu'à-pas», et «Vous n'avez que ce
que vous méritez», l'en ont dégoûté à jamais. Réduit à un
«ersatz de paternité», étiqueté d'un : «Si c'est un père...», il a
voulu «changer d'étoile».