La leçon d'anatomie : le corps des artistes de la Renaissance au romantisme

Depuis Léonard et Michel-Ange, la place de l'étude anatomique dans la
formation et le travail de l'artiste n'a cessé d'intriguer l'amateur soucieux
de pénétrer les arcanes de la création. Le présent ouvrage explique
l'ampleur des enjeux liés à la question anatomique en Europe, depuis la
Renaissance jusqu'à l'époque romantique, tout en rassemblant les chefs-d'oeuvre
de cette quête du corps humain et animal à travers le dessin, la peinture et la
sculpture.
Au XVII<sup>e</sup> siècle, et plus spécifiquement en France, la connaissance anatomique
parvient à se placer au coeur de tous les discours et de toutes les controverses :
la pédagogie du dessin, la place du modèle antique, la validité du jugement de
l'amateur. L'engouement est tel pendant la période révolutionnaire que le peintre
Jacques Louis David fera de l'étude anatomique une «marque de fabrique» de
son atelier. Houdon fera fondre en bronze un Écorché grandeur nature, chargé
de symboliser son travail de sculpteur. La très sélective institution des Salons ira
jusqu'à exposer d'abord des écorchés, puis de simples moulages sur cadavres,
comme s'il s'agissait d'oeuvres comme les autres.
Comment expliquer cet engouement exceptionnel des artistes et des amateurs,
qui culmine et s'achève avec la profusion des dessins anatomiques de
Géricault et Delacroix ? Au-delà de la méthode, l'anatomie est bien devenue, au
coeur de cette période, un thème de l'oeuvre d'art. Thème particulier, qui interroge
le spectateur sur ce qu'il veut voir grâce à l'oeuvre : des images vraies,
même si elles «poursuivent l'imagination», selon Stendhal, ou une paisible
recomposition du réel ?