Le contre-pouvoir des ouléma : dans le Maroc traditionnel

L'approche, dans cet essai, se veut plutôt culturelle et
traite l'exercice de l'autorité dans la société marocaine traditionnelle
où des contre-pouvoirs, les «ouléma» , hommes du
savoir en Islam, étaient présents et en constituaient un.
Ce contre-pouvoir s'exerçait selon l'éthique musulmane
qui fait du principe coranique de la «commanderie du bien
et de l'interdiction du mal», un devoir de tout musulman,
à plus forte raison pour les savants. Cette éthique permet
aux savants d'investir, en tout moment, tous les champs
d'activité, y compris le champ politique pour dire quelques
vérités aux gouvernants injustes. C'est ainsi que la montée
de l'absolutisme n'est jamais allée sans heurts. Cette tradition
de contestation est si ancrée dans la société musulmane,
qu'elle a donné naissance à un genre littéraire : la littérature
de l'épreuve (Adab al Mihna). On peut affirmer que tant l'absolutisme
du pouvoir que sa contestation s'inscrivent dans la
même réalité marocaine.
Chaque fois que le pouvoir a dégénéré en oppression,
l'opposition politique au nom de l'Islam a constitué une tradition
de l'histoire marocaine. Chacun des acteurs/détenteurs
du pouvoir et des dépositaires du savoir fait de la religion son
cheval de bataille.