Une vie de chat : récit

L'histoire - vient par ici ! Un type hanté par le
sublime n'ose plus vivre, encore moins prendre de la
place en existant, et ne saurait pas du tout vivre non
plus si, au-delà de sa pâle solitude, sur les cimes de
la tristesse, il rencontrait, jaune, le Bonheur ; terra
incognita. Alors, il postule auprès de sa copine
comme chat ; qu'elle le gardât, lui, chez elle comme
chat, qu'elle pourrait même se marier et avoir des
enfants qu'à eux, il ne leur serait pas plus pénible qu'un chat. L'avantage
? C'est un chat autonettoyant, non polluant, qui mange peu et qui
fait la vaisselle. La raison () de cette débine existentielle est illustrée ici,
dans ce conte bref, par une triple métamorphose fantastique du narrateur,
allant vers être. Premièrement, et parce que Dostoïevski avait pour
projet de devenir fou , avoir un projet plus sensé : devenir un appendice
- le double- du fou, puisque également sauvagement mordu de solitude.
En deuxième raison, un deuxième moi-peau viendra remplacer celui
du fou second, lui greffant, en italique sur ses propres écrits, un cuir nouveau
sur lequel est pyrogravée l'identité de Grand Illusionniste du
cirque. La troisième mutation devrait rester suspendue - à Dieu par une
vie de chat.
Frédéric Thurre