Chefs-d'oeuvre inconnus, de Dürer à Fantin-Latour : estampes du musée de Grenoble

Le chantier des collections d'estampes du musée de Grenoble, qui fait suite à celui des dessins, a été engagé en 2020 pour offrir, à l'occasion d'une exposition temporaire, une première découverte de ce fonds méconnu. Quelque 140 estampes sélectionnées parmi plus de 10000 feuilles du XVI<sup>e</sup> au XIX<sup>e</sup> siècle permettent de révéler un univers un peu mystérieux, entre savoir-faire technique et création.
Si certains noms nous sont familiers comme Callot, Durer, Corot, Piranèse ou Toulouse-Lautrec, d'autres, pourtant réputés à leur époque, sont à (re)découvrir avec bonheur comme Castiglione, Della Bella, Bouzonnet-Stella ou Bracquemond.
Avec le développement de l'imprimerie aux XV<sup>e</sup> et XVI<sup>e</sup> siècles, puis l'émergence au XVII<sup>e</sup> siècle du métier d'éditeur-marchand, l'estampe met le monde et les arts en images et prend de l'ampleur à travers toute l'Europe.
Toutes les catégories sociales ont accès à ces feuilles proposant des sujets religieux, allégoriques, d'actualité, diffusées par les colporteurs dans les villages ou vendues dans les boutiques des éditeurs. Les reproductions d'oeuvres d'art (estampes d'interprétation), de monuments et d'antiquités, de grande qualité, permettent aux artistes de se faire connaître en diffusant largement leurs oeuvres et aux amateurs fortunés de les collectionner.
Dans les écoles d'art, les jeunes rapins, dont la formation prend appui sur la copie, ont ainsi accès, par l'estampe, aux oeuvres des plus grands maîtres. Ce fut le cas à Grenoble où ont été formés de nombreux artistes dont deux, Henri Le Riche et Carie-Dupont, deviendront des graveurs lauréats du prestigieux prix de Rome.
Si beaucoup d'artistes ont fait appel à des ateliers de gravure, d'autres ont maîtrisé la technique autant que la peinture comme Durer, Rembrandt, Jacques de Bellange où Jean Jacques de Boissieu. On assiste à un renouveau de l'eau-forte à la période romantique avec des peintres-graveurs qui considèrent l'estampe originale comme un langage à part entière à l'image de Delacroix. Tout au long du XIX<sup>e</sup> siècle, les peintres paysagistes tels que Corot, Jongkind, Daubigny, Achard s'approprient aussi ce moyen d'expression.
Enfin, la lithographie mise au point dans les premières années du XIX<sup>e</sup> siècle ouvre de nouvelles perspectives aux peintres et dessinateurs avec un procédé plus facile que la taille-douce et la taille d'épargne. Ils seront nombreux à s'en emparer.