
Lecteur attentif de son temps, Baudelaire a conçu son oeuvre sur les ruines du
romantisme. Dans les années 1840, il publie de nombreuses critiques sur la peinture
et la littérature contemporaines. La Fanfarlo , rare tentative romanesque,
en est une variante.
Dans cette nouvelle édition, Pierre Laforgue démontre comment Baudelaire
s'est interrogé sur l'évolution du romantisme. D'ailleurs le Salon de 1846 que
publie Baudelaire tente de répondre à cette question : «Qu'est-ce que le romantisme
?». A partir de l'élection de Victor Hugo à l'Académie française, en 1841,
le romantisme s'institutionnalise. Celui des années 1830 subit le contrecoup
de son succès et les déviances qui vont de pair. Ainsi, Samuel Cramer, héros de
La Fanfarlo , s'encombre de l'attirail romantique tout en postulant un renouveau.
Comme Baudelaire lui-même, il fait l'expérience de la poésie confrontée au réel.
La Fanfarlo est le reflet d'un monde d'illusions, de comédie où l'amour se
multiplie dans des miroirs vertigineux et déformants. Dépendante des plus trompeurs
artifices, la passion tente de lutter contre le réel tout comme Samuel Cramer,
«l'homme des belles oeuvres ratées», engage sa vie dans un idéal sans se donner
pour autant de distance critique. Le narrateur s'en chargera pour lui, avec une
réussite des plus stimulantes.
La nouvelle est suivie des échanges épistolaires qu'entretinrent Baudelaire et
Sainte-Beuve, entre 1845 et 1866. Ce dialogue par lettres apporte quelques nuances
sur les relations entre les deux hommes : Baudelaire se montre amateur de la
poésie de Sainte-Beuve ; Sainte-Beuve reconnaît en lui le poète qui comptera pour
avoir affronté l'enfer sans chercher le secours des anges - contrairement à lui.