Le preux et le sage : l'épopée du Kayor et autres textes wolof

La version de l'épopée du Kayor, présentée par le philosophe Mamoussé
Diagne, est représentative du degré de littérarité que peut atteindre
le genre épique au Sénégal. Elle a été analysée dans une thèse
monumentale qui propose la réflexion la plus aboutie sur la tradition
orale des sociétés sahéliennes.
Du proverbe au mythe, en passant par le conte, l'image et la mise en
scène constituent les médiations les plus adaptées à cette fin. Les stratégies
discursives mises en place visent à assurer la victoire de la mémoire sur son
terrible ennemi, l'oubli.
D'inspiration épique, les premiers textes du livre sont déclamés sur un
ton et un rythme particuliers, leur production pouvant même être accompagnée
de divers instruments de musique comme le xalam , la kora ou le
balafong. Ils sont le fait des professionnels de la parole, les griots, spécialistes
de l'évocation des généalogies et des hauts faits d'hommes hors
normes - tel Lat Dior Diop - qui peuplent le panthéon oral. Le souffle
poétique les arrache à la contingence, les propulse au rang d'archétypes
structurant le code axiologique de la société et révèle, au-delà du souci de
restitution du fait, une quête du sens.
Les textes du second groupe diffèrent par le style : ils ne sont pas l'apanage
des griots et les personnages qu'ils mettent en scène n'appartiennent
pas forcément aux couches aristocratiques. Ainsi les entretiens concernant
Kothie Barma et d'autres figures remarquables nourrissent les réflexions
sur la païdeia ainsi que sur la fonction du proverbe ou de la devinette.
Comme les récits épiques, ils se rapportent à la riche historiographie orale
wolof.