Parfois, dans les familles

Roman
« Je pensais que des fois même des choses
qu'on aime pas on peut les aimer. Par exemple moi
les champignons je déteste, ça sent le cimetière, cueillir
des champignons c'est marcher sous la terre. Pourtant
un jour je les aimerai, je le sais. Alors forcément c'est
que je les aime déjà.
C'est comme les baisers sur la bouche, c'est dégoûtant,
évidemment y a la langue et on bave, mais si on est
amoureux, plus c'est dégoûtant plus on aime. Moi ce
que j'aimerais c'est être amoureux. Si j'étais amoureux
des peupliers, je pourrais les aimer. Pareil pour les
champignons. Dans la vie c'est être amoureux qu'il faut.
Mon père et maman, c'est ça qui va pas : l'amour. »
Parfois, dans les familles , naît sur le tard un enfant
imprévu qui, faute de trouver sa juste place, prend celle
que chacun lui réserve à la mesure de sa propre
détresse. C'est de cette place qui en fait un observateur
privilégié, que Paul nous raconte sa famille, qu'il
nous dit, avec le génie propre à l'enfance, l'amour
empoisonné des mères, l'inconsistance des pères,
la beauté trouble des soeurs et la foncière étrangeté
des frères. De là aussi qu'il crie au secours.