Eloge de l'énergie vagabonde

«Je me balade par la steppe. Je ne peux pas
rester à la maison. Je ne puis pas !»
Tchekhov, La Steppe , 1888.
J'irai de l'Aral à la Caspienne. Je gagnerai l'Azerbaïdjan
à bord d'un ferry. De Bakou, je cheminerai vers la Turquie
par la Géorgie. À pied, à vélo, je ne le sais pas encore, mais
loyalement, sans propulsion motorisée. Au bout de ma
route, j'aurai relié trois mers, abattant le même trajet que
celui d'une larme d'or noir de la haute Asie convoyée à
travers steppes et monts pour que le monde poursuive sa
marche folle.
Profitant de cette traversée de terres à haute valeur
pétrolifère, je consacrerai mon temps d'avancée solitaire à
réfléchir au mystère de l'énergie. Celle que nous extrayons
des strates de la géologie mais aussi celle qui attend son
heure au plus profond de nous.
Pétrole et force vitale procèdent du même principe :
l'être humain recèle un gisement d'énergie que des forages
propices peuvent faire jaillir. Pourquoi nos ressorts nous
poussent-ils à l'agitation au lieu de nous convertir à la
sagesse zen ?