Jacques-Barthélémy Spineux (1738-1806), prote de la Société typographique de Neuchâtel : de Liège à Carouge en passant par Paris, Neuchâtel et La Neuveville

Étrange et fascinant destin que celui de Jacques-Barthélémy Spineux,
Liégeois, un des « cadres » les plus qualifiés de l'imprimerie du
XVIII<sup>e</sup> siècle, dont la carrière, bien qu'essentiellement neuchâteloise,
traverse néanmoins six pays et autant de régimes politiques.
Né en 1738 dans une de ces principautés ecclésiastiques si typiques de
l'Ancien Régime, il finira en 1806 imprimeur officiel du Département du
Léman ! Il aura entretemps fait son apprentissage (et sa philosophie ) à
Liège, travaillé dix ans à Paris dans l'un des plus importants ateliers de la
capitale, dix-huit ans comme cheville ouvrière de la Société typographique
de Neuchâtel, puis imprimé une quinzaine d'années à son compte,
d'abord à la Neuveville où il sera en relations amicales avec Isabelle de
Charrière dont il imprimera notamment en 1793 Les Émigrés , et enfin à
Carouge (GE), avec pour principales productions des placards, brochures
et avis officiels pour le compte du Préfet du Léman, ainsi que des avis et
étiquettes pour les commerçants de la ville et autres arracheurs-de-dents !
La grande majorité des chefs d'ateliers de l'époque étaient de simples
typographes sortis du rang. Spineux, lui, est l'un des trois ou quatre
« protes » de son époque capables tout à la fois de travailler à la casse ou
à la presse, de tenir un remarquable Livre de Banque (soit le registre des
salaires hebdomadaires des ouvriers), et de rédiger lettres et documents
avec une orthographe parfaite et une écriture aussi belle et régulière que
celle de Rousseau, d'Isabelle de Charrière ou de ses propres patrons.
Ses pairs ont nom Contat-dit-Lebrun, Rétif de la Bretonne, ou encore
Brullé, prote de Le Breton, si instruit que Diderot n'hésita pas à lui confier
la rédaction de l'article « Imprimerie » de l'Encyclopédie.