Cent millions d'orgasmes : essai sur la pornographie

La pornographie constituera l'un des objets les plus invasifs des
réglementations morales du futur. C'est un objet anomique.
Aux positions naïves (Michela Marzano) et aux reconstructions puristes
(Rae Langton, Catharine MacKinnon) et relativistes (Martha C.
Nussbaum, Ruwen Ogien, Linda Williams), il faut donc opposer le sens
le plus authentique de la relation pornographique, à savoir : le sens d'un
corps opprimé qui, pourtant, écrit (Alessia J. Magliacane) et, de quelque
façon, se resymbolise dans un cri (Patrick «Pat» Califia) ou se desymbolise
dans un fantasme (Eugénie Lemoine-Luccioni).
Le corps opprimé, donc, pornographiquement écrit, et crie. Le corps, il
écrit son nom sur le Moi-peau, en condensant les relations techniques de
savoir qui relient les déterminations du Dasein dans le-monde-de-la-vie.
La pornographie est donc la technique herméneutique du corps... à l'âge
de sa reproductibilité technique. A savoir : à l'époque de la génitalité.
Le rapport sexuel n'est pas forcement pornographique. L'orgasme n'est pas
pornographique. La jouissance n'est certainement pas pornographique.
L'érotisme est la maladie infantile de la pornographie, alors que la
sociologie de la vie sexuelle en est la religion (un panthéon portatif, dirons-nous).
L'acte (déontologique, éthique) de/du baiser, pour être ou devenir
pornographique, doit révéler une dimension pratique, un faire de l'amour,
à l'amour, et avec.
Au statut scientifique-éthique de la psychanalyse la pornographie ajoute
une dimension essentiellement pratique, un savoir-faire, une déontologie :
il faut faire l'amour, il faut le faire bien !