Je ne capitule pas : après les attentats de Charlie Hebdo, à quoi ça sert un prof ?

«Sauf exception, vous et moi, on ne fréquente pas les
mêmes types. Mes potes sont dangereux : ils pensent
toujours en avance des autres. Vous croyez que je dis
ça parce que je vis en banlieue et que j'y suis prof ? Pas du tout.
Pour vous, Montaigne, par exemple, c'est un vieux mort il y a des
siècles, qui parle dans un langage qu'on ne comprend pas et dont
on n'a rien à faire. Pour moi, c'est un gars qui en a, parce qu'il
faut en avoir, au XVI<sup>e</sup> siècle, pour braver la censure, risquer l'exil ou
la mort, regarder autrement que tout le monde, et déclarer face à
un Indien que le roi exhibe que c'est pas de la marchandise, c'est
un humain. Ils sont comme ça, mes potes. Ils s'appellent Aristote,
La Boétie, Molière, Voltaire, Hugo, Desnos, Prévert ou Camus.
Y en a même des vivants : Schmitt, Pennac, Daoud, Abd Al Malik...
Mon boulot, c'est de faire le "truchement", le passeur d'art entre
eux et la centaine d'ados qu'on me confie tous les ans.
Le 11 janvier 2015, ça m'a paru tout à coup évident de réaffirmer
ce que sont en réalité les profs : des interprètes du savoir... Parce
qu'entre le 7 et le 9 janvier, j'ai comme eu l'impression qu'on essayait
de dézinguer mes héros, vos héros, qu'à travers l'horreur d'une liste
de noms d'humains assassinés par bêtise, on essayait de détruire mes
copines Liberté, Égalité, Fraternité. C'est dans l'urgence de les sauver
que je vous invite à m'accompagner sur mon sentier, histoire de
voir par vous-même comment à force on devient prof, et surtout de
réfléchir ensemble à ce qu'on va faire, maintenant.»