Cassandre, n° 91. Etat des lieux

La question démocratique est une question
culturelle à part entière. D'une certaine manière,
c'est d'elle que dépend l'avenir de nos sociétés.
Doit-on accepter plus longtemps la tyrannie des
marchés financiers et la sauvagerie des politiques
qui y sont attachées, ou bien contribuer
à la construction de nouvelles pratiques
de «civilisation du monde» ?
L'Éducation populaire, qui a résisté à des
décennies d'abandon de la part de la responsabilité
publique, connaît un regain de dynamisme.
Nous publions ici un appel qui en témoigne,
entre autres émergences. Des rendez-vous
en découleront, pour construire les alternatives
urgentes que nous évoaquons.
L'indispensable transformation sociale et
politique de notre société exige un approfondissement
sans précédent de la démocratie.
Cela ne peut se produire que par une
émancipation individuelle et collective des
hommes, maîtres de leur devenir commun.
Nous pensons que l'Éducation populaire
en est à la fois le meilleur chemin, le sens et
la portée.
Cependant, la crise structurelle profonde,
culturelle, économique, sociale, écologique
et politique, menace gravement les capacités
d'émancipation humaine, la paix et le destin
de la planète.
Il faut comprendre le monde, mais il
s'accélère tout le temps avec son cortège
d'inégalités ; il faut le transformer, mais il
est dit impossible à changer ; il faut donner
la parole et les pouvoirs de cette transformation
à tous les peuples et citoyens de ce
monde. Mais cette parole est sans cesse
interdite, ces pouvoirs confisqués.
Au lieu d'irriguer toutes les aspirations
populaires et citoyennes, la démocratie délégataire
multiplie les impasses et les découragements.
Elle est plutôt le reflet de la
domination des puissances économiques et
financières.
Néanmoins, de fortes capacités de résistance
populaire existent et cherchent les
voies pour s'exprimer. Les dernières
séquences de ces irruptions citoyennes et
populaires, dans notre pays comme ailleurs,
en sont d'éclatantes démonstrations.
Des hommes et des femmes agissent,
collectivement ou individuellement, générant
un foisonnement d'initiatives et de luttes
dans de multiples domaines. Ils sont acteurs
de leur vie, de leur territoire et de la communauté
humaine.
Nous devons donc travailler à construire
les conditions culturelles de la transformation
sociale, écologique et politique qui
répondent à cette situation concrète.
C'est pourquoi l'Éducation populaire
et citoyenne tournée vers l'action doit se
développer et répondre aux indispensables
besoins de compréhension et d'émancipation
des hommes, aux capacités d'agir ensemble
et de transformation démocratique.
Cela doit se faire :
- dans un esprit de refondation de l'Éducation
populaire, car de nombreuses structures
se proclamant de son chemin ont
sombré dans l'activité marchande, dans une
animation sans esprit critique et dans la
soumission à l'ordre établi ;
- dans un cadre d'autonomie, certes vis-à-vis
des pouvoirs établis, mais également
par rapport aux autres organisations du
mouvement associatif, mutualiste, syndical
et politique, pour offrir un espace de dialogue
et de confrontation d'expériences
aussi ouvert que possible.
Il s'agit bien de contribuer à l'élaboration
collective de procédures permanentes de
l'intervention citoyenne et de permettre des
synergies communes sur le terrain de l'action,
du local au mondial.
Cela doit se faire également par une analyse
la plus fine possible du monde réel, en
mettant à la disposition des citoyens les
grandes pensées émancipatrices, par des
ruptures explicites avec la pensée dominante.
Ainsi, l'Éducation populaire fera naître
toutes les intelligences requises pour la
transformation sociale et politique de nos
sociétés et le bien vivre ensemble.
C'est dans ce but et forts de ces objectifs
que les signataires de cet appel souhaitent
s'engager dans un partenariat dynamique et
sans exclusive.
Ils estiment à cet effet nécessaire de se
nourrir de toutes les expériences et ressources
existantes, de mettre en avant et en pleine lumière
tout ce qui se tente aujourd'hui, tout
ce qui se cherche et se recherche en alternative
démocratique, expérimentale, de transformation
sociale et politique, y compris à
l'échelon européen et international.
Ils en appellent à une première confrontation
fructueuse à l'occasion de la grande fête
populaire de la rentrée de septembre : la fête
du journal L'Humanité.
Ils proposent également, pour donner
envie, lisibilité et force d'attraction, que des
réunions de préparation à nos futures
«journées du printemps de l'Éducation populaire»
se tiennent dès le premier trimestre
de l'année 2013 et qu'elles soient
l'occasion, dans la foulée, de rencontres inédites,
décentralisées, dans la multitude de
nos territoires et de nos savoirs citoyens.
Ils invitent toutes celles et ceux qui se reconnaissent
dans cette volonté d'approfondissement
de la démocratie, à être
cosignataires de cet appel et partie prenante
du «printemps de l'Éducation populaire».