Les langues étrangères en Europe : apprentissages et pratiques, 1450-1700

L'enseignement du grec et du latin, durant la période qui s'étend de
la fin du Moyen Âge jusqu'à l'aube des Lumières a déjà donné lieu à
nombre d'études, mais on s'est beaucoup moins penché sur le cas des
langues vernaculaires. Or, elles étaient enseignées aussi dans «L'Europe
des Cours» (selon la formule de Lucien Bély), dans les milieux du
négoce et de la diplomatie, dans toutes les grandes villes européennes
du monde de l'époque.
Reflet de la vie politique et économique des sociétés, véhicule de la vie
intellectuelle et artistique, les langues connaissent un éclat particulier
dès le dernier siècle du Moyen Âge. Peu à peu, le monde redessine alors
ses frontières, tant avec des puissances maritimes comme la Hanse
qu'avec des sociétés marchandes comme celles des Provinces-Unies ou
celle des banquiers et soyeux de Lyon qui financent des expéditions.
Comment s'effectue la transmission d'une «langue étrangère» à une
époque où l'instruction progresse assurément, où les études impliquent
encore un exil plus ou moins lointain ? Outre les endroits où se
croisent les langues par le jeu spontané des contacts (villes portuaires,
villes de grandes foires, ambassades, pèlerinages, sans oublier le cas
des nombreux réfugiés pour des raisons religieuses), il faut aussi se
pencher sur les espaces «officiels» où s'effectue l'apprentissage des
langues étrangères (écoles, universités), les personnages (enseignants,
traducteurs) qui servaient d'intermédiaires, les manuels et dictionnaires
dont ils disposaient pour effectuer leurs missions, et les modèles
linguistiques et culturels qu'ils transmettaient. Toutes ces questions
seront abordées dans ce volume, qui rassemble des articles de
spécialistes de différents horizons travaillant sur des aires linguistiques
et culturelles variées.