La France au Rwanda (1990-1994) : entre abstention impossible et engagement ambivalent

Le 1<sup>er</sup> octobre 1990, le retour armé des anciens réfugiés rwandais réunis au
sein du Front patriotique rwandais (FPR) marque l'entrée en guerre du
Rwanda. Une sale guerre, au cours de laquelle la France sera militairement
présente, et qui trouve son épilogue en juillet 1994 à la faveur de la victoire
du FPR. Entre-temps, la guerre d'usure menée par le FPR, les manipulations
de l'ethnicité orchestrées par le régime Habyarimana, la stratégie du chaos
poursuivie par les faucons des deux bords, et surtout le génocide perpétré
par les extrémistes hutu, ont causé la mort de plus d'un million de
personnes.
Le propos de cet ouvrage est de décrire, d'analyser et d'expliquer le processus
de prise de décision ayant conduit le président Mitterrand à engager
l'armée française au Rwanda entre 1990 et 1994. L'étude menée ici récuse,
avec rigueur scientifique, à la fois ceux qui encensent la politique de la
France et ceux qui la condamnent sans discernement et évoquent une
«complicité» de la République française dans le génocide. De toute évidence,
entre les conclusions de la Mission d'information et celles des
censeurs, exégètes et autres sycophantes de la politique africaine de la
France, les divergences d'analyse sont d'envergure. Il importe donc de les
décrypter pour en apprécier la pertinence. Quelles étaient les motivations
réelles de la présence française au Rwanda ? Au-delà du constat d'échec de
cette politique rwandaise, quels facteurs ont contribué in fine à ruiner les
effets de la politique prônée par François Mitterrand ? Quel crédit enfin
accorder aux accusations de «complicité de génocide» proférées à l'encontre
des soldats de l'opération Turquoise ? La France serait-elle «la seule
nation coupable parmi les nations saintes et pures» ?