Les aventuriers de Sarkoh-Lanta

Sarkoh-Lanta est un pays de télé-réalité : on nous fait croire que
nous sommes libres, alors que tout est scénarisé par le régime.
Ici, les petites gens sont baptisées «Aventuriers de Sarkoh-Lanta».
La galère sera leur Mayflower et un boat-people leur Exodus.
Nouveau monde et Terre promise seront-ils au rendez-vous ? Pour
obtenir le droit d'espérer surnager, le principe constitutionnel est le
suivant : vous prenez une dizaine de familles pauvres, de préférence
sans papiers. Vous les lâchez sur le territoire Sarkoh-Lantais. Pour
gagner, les candidats à la respectabilité devront : trouver du travail,
un logement, une école pour leurs enfants, des droits à la santé et,
bien sûr, se nourrir... L'État déploiera les grands moyens pour les
en empêcher : obstacles administratifs et épreuves de survie. Ils ne
devront pas se faire prendre par les Sarko-boys. Lesquels seront aidés
dans leur sale besogne par les travailleurs sociaux, sommés de
dénoncer les coupables de pauvreté au Sarkommissariat local. À la fin
de la mission, une seule famille est admise dans la société sarkohlantaise.
Cela est officialisé lors de la cérémonie dite de «discrimination
positive». Pour les féliciter d'avoir résisté à ce parcours semé
d'embûches, ils recevront une bourse d'étude pour leur aîné. Les
portes du cynisme libéral s'ouvriront alors devant eux : beaucoup de
devoirs, peu de droits.