Modèles, fantasmes et intimité

Tout en titrant son article : «Le Porno entre à la fac», le
journal Sud-Ouest rendait hommage aux manifestations
organisées en décembre 2004 et dont cet ouvrage est le
produit. Après Le corps, la structure , ce deuxième volume de
la collection «Arts, littérature et langage du corps», non
seulement fait débat, mais dessine les lignes de clivage les
plus efficientes au sein d'une société en pleine mutation : le
corps et les sexualités ; leurs représentations et l'indispensable
liberté qu'elles exigent pour que le sujet puisse
assumer ses désirs, en vue de son épanouissement, sans
préjugés et dans le respect de l'autre.
L'enjeu est considérable. Si l'on examine attentivement les
productions littéraires et artistiques de ces dernières années,
si l'on en comprend les problématiques et surtout si on les
réfère au mouvement général de la société, on finit par
déceler un tableau quelque peu effrayant du devenir
technologique de l'individu.
Nous pourrions en effet vivre à l'échelle historique un
mouvement de bascule : après avoir décuplé leurs forces et
leurs potentialités en inventant des machines qu'ils n'ont
cessé de perfectionner, les hommes sont peut-être en passe
de voir émerger une humanité nouvelle, en réalité
«bionique», de provoquer et d'instruire la «cyborguisation»
de l'espèce.
Ce serait le sens de ce qu'il advient sous nos yeux au corps
de plus en plus annexé et intégré à un flux informationnel, à
des réseaux de communication, qui en font, au quotidien,
une prothèse, un prolongement charnel de la machinerie
sociale et technocratique.
Jean-Michel Devésa