Ce genre qui dérange. Gender that matters

Le débat autour du rapport du féminin et du masculin est l'un des débats les
plus difficiles. Il provoque une grande inquiétude et conduit très souvent à des
positions passionnées : le bon genre et le mauvais genre, le bon et le mauvais
pouvant être attribués alternativement au féminin ou au masculin. Il convient
de rappeler ensuite que la question des rapports sociaux de genre est arrivée
très tardivement dans le champ de la sociologie et de l'anthropologie. La réflexion
pionnière naît incontestablement en France, avec un ouvrage subversif : Le
deuxième sexe , publié en 1949 par Simone de Beauvoir qui récuse pour la
première fois l'idée d'une nature féminine. Mais c'est incontestablement dans les
pays anglo-saxons à travers les gender studies et les women studies que la notion
commence à acquérir une consistance théorique. Ce que l'on appelle aujourd'hui
la gender theory , qui est une théorie critique, tend à se déplacer de la mise en
cause du modèle patriarcal à la mise en question du modèle hétérosexuel. Elle
rencontre, ce faisant, une autre problématique posée par la sensibilité gay et plus
encore queer qui, à travers des formes de sexualité hybrides, mutantes et métisses,
procède à la subversion des distinctions du masculin et du féminin, de l'homo et
de l'hétéro. Nous mesurons à quel point, par rapport à la question du rapport aux
normes masculines et féminines, l'anthropologie en France a pris un retard
considérable.