Le faiseur de pluie

Pour raconter l'histoire d'Herrumbre, petit village perdu dans un nulle
part maudit, il ne fallait pas moins d'une trilogie. Le Faiseur de pluie en est
le deuxième tome. Le troisième, Mémoire des tourmentes , vient de paraître
en Espagne clôturant ainsi le cercle narratif. Dans le premier,
L'Abandonnoir , publié chez L'Harmattan, se dévoilait un monde presque
surnaturel où les morts parlaient et leurs mots, tout vibrants de poésie,
racontaient l'amour, la haine, la solitude et l'espoir. Le lecteur apercevra
sans doute, entre les lignes de cette histoire, le spectre d'une Espagne
déchirée par une guerre fratricide ; mais l'auteur du Faiseur de pluie , bien
au-delà des mots et de l'Histoire, nous transporte dans un espace narratif
atemporel et universel - celui de l'âme humaine - où les faits se succèdent
indépendamment du lieu ou de l'époque ou des personnes qui les vivent ;
car toute action, bien que locale en apparence, devient universelle dès
qu'entrent en jeu les passions qui de tout temps ont gouverné le monde et
les hommes, qu'ils vivent dans la plus peuplée des villes ou dans le plus
isolé des villages, comme Herrumbre.
Dans ce roman, Manuel Garrido Palacios mesure la vie à l'aune de l'être
humain qui nous raconte, tel un choeur infatigable, la tragédie d'un conflit,
jamais résolu, la tragédie d'hommes et de femmes dont l'existence, ils le
savent, est condamnée à l'oubli - rien n'est fait pour durer - mais qui tiennent
quand même à raconter leur histoire, si modeste soit-elle, pour témoigner de
leur passage dans "ce quelque chose entre deux riens" qu'est la vie.