Petit dictionnaire de la fausse monnaie politique

Mondialisation financière, crise économique, sociale et
politique sans fin, réchauffement climatique, guerres,
attentats, catastrophes humanitaires... Notre société
change et bascule dans une nouvelle ère. Le bouleversement
est profond et anxiogène. En témoigne ce petit
abécédaire langagier qui en dit long sur l'air du temps :
«l'unité nationale», «la République intransigeante»,
un «Je suis Charlie» spontané et solidaire détourné en
slogan inquisiteur, la force du travail métamorphosée
en «coût du travail», les vagues de licenciements en
«plans de sauvegarde de l'emploi», les cotisations
sociales en «charges», les préjugés racistes en «problème
de l'immigration», «assimilation», «musulmans de
France», etc., autant de nouvelles formules dont on ne
cherche plus à analyser ni l'origine ni la portée. Trop
répétitives pour être spontanées, ces expressions de la
pensée dominante inondent les estrades politiques, les
plateaux télé, tournent en boucle sur les ondes et irriguent
la plume de nombreux éditorialistes. Aucun sujet ne
doit plus échapper à cette standardisation lexicale qui
traque l'esprit critique. Les terribles attentats de janvier
et novembre 2015 marquent une étape supplémentaire
pour la langue de l'ordre et du marché dans sa tentative
de confisquer notre libre arbitre.
Une violence verbale contre laquelle nous pourrions
aussi nous dresser.