L'esclavage dans les sociétés lignagères de la forêt ivoirienne (XIIe-XXe siècle)

Dans l'historiographie africaine d'aujourd'hui, lorsqu'on parle de l'esclavage,
l'attention se porte particulièrement sur le courant transatlantique, qui éclipse de
ce fait les autres aspects du phénomène. Au contraire, cet ouvrage, tiré de la thèse
de doctorat d'État de Harris Memel-Fotê, met plutôt l'accent sur l'existence de
l'esclavage dans les sociétés lignagères de la forêt ivoirienne. L'auteur s'intéresse
au procès de production des esclaves, aux motifs qui inspirent l'acquéreur, et aux
formes de résistance pratiques.
Par une analyse rigoureuse, exprimée dans un langage clair et agréable, l'auteur
étudie l'institution esclavagiste dans les sociétés Abê, Abidji, Abure, Alladian,
Bete, Dida, Kweni, Neyo et Odjukru. Il aboutit à établir une évidence historique
et révolutionnaire : «l'esclavage n'a pas été ici un processus imposé simplement
par des sociétés étrangères, en l'espèce des États guerriers et marchands, africains
ou européens : il a été une pratique sociale commandée et entretenue par des
nécessités internes». Sa connaissance du terrain et l'usage des méthodes
pluridisciplinaires permettent à ce «Socrate ivoirien» d'expliciter les
«métamorphoses de l'institution esclavagiste selon le contexte où elle est
insérée». Cette démarche systématique fait apparaître, sous un éclairage nouveau,
les fonctions principalement «politiques» de l'esclavage : l'accumulation des
esclaves est le moyen privilégié de la conquête du pouvoir à l'intérieur des
sociétés lignagères.
Cet ouvrage constitue à la fois «une pièce inestimable au délicat dossier, qui fait
actuellement débat en France et ailleurs dans le monde, sur l'esclavage et les
traites négrières et qui met en jeu des revendications identitaires parmi les
diasporas d'origine africaine anciennes ou plus récentes ; et une importante
contribution à une nécessaire mise en regard entre pratiques esclavagistes
d'autrefois et trafics d'êtres humains (...) d'aujourd'hui» (Jean-Pierre Dozon).
La contribution originale de cet ouvrage est d'amener lecteurs et chercheurs à une
refonte générale des conceptions sur l'esclavage, trop marquées jusqu'à présent
par un certain «économisme».