La justice en l'an mil

Pourquoi traiter de la justice en l'an mil ? La préoccupation ne
relève pas du souci exotique d'ouvrir une parenthèse anachronique
que l'an deux mil a mise à la mode. Au moment où la justice contemporaine
se préoccupe des rapports qu'elle entretient avec l'État, sur
fond d'indépendance entre les pouvoirs, et de ses liens avec l'opinion,
sur fond de débats avec les médias, il importe de remonter aux
racines d'une histoire des fonctionnements judiciaires. Peu d'historiens
s'y sont risqués. Il est vrai que la tâche est rude pour cet an mil
pétri d'oralité. Les textes se dérobent et le droit y est traditionnellement
décrit comme évanescent, tandis que pèse la main de Dieu.
Est-ce pour autant le règne de l'injustice et du désordre ? On a pu
longtemps le croire. Une lecture nouvelle des institutions, des ordalies
et de la vengeance permet de poser le problème autrement. Décrire
comment se nouent les liens entre le législateur, le juge, les parties
adverses et le public revient à comprendre comment, dès cette
époque, la justice s'est affirmée à la fois comme un idéal et comme
un bricolage, comme un ordre transcendant et comme un besoin venu
d'en bas, reconnu aux hommes libres.