Patrimoine d'une île = Patrimoniu insulanu, n° 6. Hommage à Dorothée Rose Carrington : une lady passionnée de la Corse

Frederica Carrington était une aristocrate anglaise qui débarqua un jour d'été 1948 à Ajaccio avec son époux, le peintre surréaliste Francis Rose. Par l'intermédiaire de jean Cesari, qu'elle avait connu à Londres, elle décida de partir à la découverte de ces colosses de pierre dont il lui parlait. C'est grâce à elle et à Roger Grosjean, que l'on a pu mettre l'accent sur cet art préhistorique majeur que constituent les mégalithes corses. Jean Cesari a aussi contribué à lui faire découvrir l'aspect magico-religieux insulaire. Cette longue fréquentation de l'île l'a ensuite menée sur d'autres chemins, tels Napoléon et sa famille, Paoli, sujets d'histoire fondamentaux pour la Corse.
Véronique Emmanuelli ravive la mémoire de la Lady qui avait « séduit la presse insulaire » avant même d'être une spécialiste reconnue de l'histoire de la Corse, que les enseignants de l'Université Pascal Paoli distinguèrent en lui accordant le premier doctorat honoris causa de leur jeune institution.
L'évocation de cette longue présence dans l'île ne peut se faire sans citer son mari le peintre Francis Rose, qui découvrit en même temps qu'elle la Corse, et laissa des croquis révélateurs comme le souligne Jacques Poncin.
Lucette Poncin analyse sa démarche, de la traveller à la biographe avisée qui chemine aux côtés de Charles Bonaparte, révélateur de sa famille, avant l'envol de Napoléon. Elle est alors reconnue par les plus grands spécialistes français (Soboul, Émile Ducoudray, Godechot, Tulard...) ou de tradition anglaise comme le Canadien J.M.P. M<sup>c</sup> Erlean qui, pour des raisons de santé, n'a pu apporter sa contribution à ce volume d'hommages.
Pionnière de l'archéologie, comme en témoigne Joseph Cesari qu'elle a encouragée dans ses travaux de recherches préhistoriques, elle contribua à la divulgation des premières manifestations de l'art mégalithique insulaire.
Pionnière en ethnologie qu'elle a apprise sur le tas en sillonnant la Corse de l'après-guerre, révélant l'inconscient insulaire à travers les croyances, ce dont Ravis-Giordani lui rend hommage.
Dorothy Carrington a la place qu'elle a tenu dans la vie intellectuelle de la Corse, « ethnohistoriographe » de la Corse. Héritière de la tradition des voyageurs britanniques, elle fut une pionnière, balayant un certain nombre de poncifs et creusant, plus de quarante années durant, les tréfonds de l'« Île de granit » comme le souligne Francis Beretti.
Historienne, des intuitions premières, elle est passée aux recherches rigoureuses en archives et a ouvert grandes des portes, ce que situe Antoine-Marie Graziani à propos de Pascal Paoli et Bonaparte.
Ayant passé la moitié de sa vie en Corse où elle repose pour l'éternité, Dorothy Carrington nous a laissé une série de témoignages écrits sur divers sujets, Les Mégalithes, Napoléon et sa famille, Paoli, le mazzerisme ... Elle a contribué à faire découvrir à l'étranger des aspects méconnus de la Corse.