Latin et latinité dans l'oeuvre de Léon Bloy

Au sein d'une fin de siècle qui se détourne peu à peu des pratiques rhétoriques classiques, l'oeuvre de Léon Bloy a investi de fonctions particulières le référent latin. Cette présence latine, particulièrement riche, se manifeste tout d'abord sur le plan de la langue. Hanté de latinismes, authentiques ou imités, le français de Bloy prétend calquer le latin de la Vulgate: exhaussement du profane au sacré étrangement entravé, puisque le latinisme est toujours, chez l'écrivain, susceptible de virer du sublime au drolatique, dans un écart résultant de la situation métaphysique d'un XIX<sup>e</sup> siècle «au seuil de l'Apocalypse». L'oeuvre bloyenne s'efforce parallèlement de dénier le mythe républicain et humaniste du grand Romain, en réfutant conjointement une vision moraliste et rationnelle de l'homme, héritée de l'Antiquité, et une esthétique classique fondée sur la mesure et la convenance, au profit d'une autre latinité, chrétienne et décadente, mais aussi d'une conception eschatologique du Beau.
Romantisme et Modernités N<sup>o</sup> 61