Bruxelles et sa rivière : genèse d'un territoire urbain (12e-18e siècle)

Le contrôle et le partage de l'eau sont d'importants outils du pouvoir, qu'il s'agisse
d'orienter le développement d'une ville, de maîtriser certaines activités ou de
soutenir la stabilisation des populations. L'étude de la gestion de l'eau, trop souvent
oubliée des grandes synthèses historiques, mérite un regard approfondi, tant elle éclaire
d'un jour nouveau l'histoire de nos villes. Cet ouvrage, dans lequel la Senne, rivière de
Bruxelles, sert de fil conducteur à un périple historique renouvelé, entraîne le lecteur
depuis le bassin des fontaines jusqu'à la roue des nombreux moulins de la région et montre
que, quelles que soient l'époque et l'échelle spatiale concernées, la maîtrise de l'eau
a été au coeur de logiques territoriales dont nous sommes encore les héritiers.
A l'échelle du Brabant, le prince veilla dès le 12<sup>e</sup> siècle à maximiser le potentiel
économique de la Senne. Il cadenassa la rivière à l'amont de Bruxelles et établit plusieurs
moulins en son coeur. A l'échelle de l'hinterland bruxellois, les capitaux urbains valorisèrent
les moindres affluents durant tout le Moyen Age par l'établissement de longs
chapelets d'étangs de pisciculture et d'innombrables moulins, tandis qu'au 16e siècle, le
creusement du canal de Willebroek consacra l'emprise de la cité bien au-delà de ses murs.
Enfin, à l'intérieur de la ville, la géographie de la distribution de l'eau quotidienne traduisait
bien l'emprise des différents pouvoirs urbains. Les grandes familles bruxelloises contrôlaient
les premiers points d'eau dispersés dans les quartiers urbanisés, les autorités communales
étalaient la magnificence de la ville dans un réseau de fontaines d'apparat érigées
aux points névralgiques de la cité, tandis qu'au 17<sup>e</sup> siècle, la Cour développait son propre
réseau au départ de la machine hydraulique de Saint-Josse.
Ces aménagements hydrauliques provoquaient bien souvent des réactions imprévues
dans le milieu. Inondations, tarissements, ensablement, etc. venaient régulièrement contrecarrer
les désirs des gestionnaires, entraînés malgré eux dans de nouveaux cycles d'interventions.
Ce livre, richement illustré, montre que les dynamiques environnementales
participent pleinement à la construction des rapports socio-économiques, souvent conflictuels,
qui se nouent autour de la gestion de l'eau.