Combattre, tolérer ou justifier ? : écrivains et journalistes face à la violence d'Etat (XVIe-XXe siècle)

Mise à l'écart brutale des opposants, répression
sauvage des révoltes, atrocités sans nom des
crimes contre les civils, brutalités des armées,
le déchaînement de la violence par les États est
une triste constante de l'histoire. Face cette violence,
les hommes de plume sont souvent parmi
les premiers à prendre parti, notamment lorsque
leurs écrits antérieurs les ont plutôt amenés vers
des positions de tolérance, voire d'humanisme.
N'en restent pas moins les faits et l'explication
de ceux-ci présentée par les gouvernants. Au
nom de la défense de la religion, au nom du
salut public, au nom de la défense nationale, au
nom de toutes les explications à leur disposition,
ils s'empressent de justifier la violence par
eux déchaînée et espèrent trouver des relais à
leurs justifications chez les hommes de plume.
Certains finissent par adhérer à cette thèse
des «circonstances» qui explique tout et rend
la violence d'État sinon juste, à tout le moins
tolérable. D'autres, au contraire, participent de
ce que Peter Weiss nommait «l'esthétique de
la résistance», et utilisent leur plume pour dire
ce qui paraît indicible, pour témoigner au nom
de l'humanité brisée.
Le présent numéro des Cahiers du GRHis
entend croiser des portraits de ces hommes de
plume face à la violence déchaînée par certains
États. Cette réflexion à plusieurs voix, portant
sur des thèmes allant de la première modernité
au XX<sup>e</sup> siècle, nous permet de mieux appréhender
l'une des facettes de l'identité de l'homme
de plume, qu'il soit écrivain ou journaliste : un
témoin face à la violence, comme ont pu l'être
par leurs oeuvres un Callot ou un Goya.