Philosophie, n° 123. Foucault, a priori, phénoménologie et histoire de la raison

Philosophie, n° 123. Foucault, a priori, phénoménologie et histoire de la raison

Philosophie, n° 123. Foucault, a priori, phénoménologie et histoire de la raison
Éditeur: Minuit
2014127 pagesISBN 9782707328069
Format: BrochéLangue : Français

Ce numéro consacré à Foucault s'ouvre par un texte de Wouter Goris,

«L' a priori historique chez Husserl et Foucault». Il analyse l'oxymore philosophique

qu'est l' a priori historique, dont il retrace l'origine dans le célèbre

texte «L'origine de la géométrie» où Husserl thématise l' a priori de l'historicité,

c'est-à-dire les structures formelles de tout horizon historique qui précèdent

et fondent toute rationalité historiographique. Chez Foucault, il s'agit

moins d'un a priori de l'histoire que d'un a priori dans l'histoire : formes

a priori de la dicibilité et de la visibilité qui caractérisent une épistémè.

Le numéro se poursuit avec «L'être de l'homme à travers limites et finitude

: Foucault et la critique de l'ontologie heideggérienne», où Claude

Vishnu Spaak réfléchit à la notion d'ontologie chez Foucault, pour montrer

en quoi la construction foucaldienne de l'ontologie historique se distingue de

sa conception heideggérienne comme science transcendantale de l'être. Il met

en évidence le caractère central de la notion de finitude , ainsi que sa différence

chez les deux auteurs : elle fonde chez Heidegger la possibilité de l'existence

humaine, lui conférant son horizon de sens ; chez Foucault, la «pensée

du dehors» à laquelle s'expose l'homme comme être fini conduit à une

démarcation nette entre les registres de l'être et du sens.

Dans «La phénoménologie manquée de Foucault : Husserl et le contre-modèle

de l'anthropologisme kantien», John Rogove compare les interprétations

husserlienne et foucaldienne de l'anthropologisme kantien : Foucault,

comme Husserl, attribue à Kant la responsabilité de l' anthropologisation de la

pensée occidentale qui, ensuite, a bifurqué en une philosophie du sujet (qui se

serait déployée avec Husserl) et en un positivisme anthropologiste qui en serait

le complément et le fondement secrets. Foucault semble par là méconnaître

la critique radicale de la première par la phénoménologie, ainsi que la parenté

qui relie la phénoménologie et son propre projet.

Dans «L'histoire critique de la raison par Foucault comme remise en cause

de la rationalité», Fabrice de Salies dégage la préoccupation centrale de Foucault

par-delà la pluralité de ses enquêtes historiques sur les savoirs empiriques

et la matérialité des pratiques : mettre en évidence l'historicité de la

rationalité , son caractère relatif, variable, limité et subordonné aux jeux

conflictuels des relations de pouvoir - dont toute rationalité n'est qu'une

expression intellectualisée. Dessiner les motifs, modalités et visées de cette histoire

critique de la rationalité doit permettre d'apprécier la nature du déplacement

qu'il impose à la pensée : faire de la politique la philosophie première.

Enfin, dans «Foucault et Lévi-Strauss en miroir», Daniel Liotta oppose

les modes d'intelligibilité propres aux deux penseurs : repérer la continuité

d'une fonction à travers la variation de ses matériaux pour l'un - l'objet

étant défini par ses possibilités de transformation symbolique -, et identifier

la continuité d'une forme à travers la variation de ses finalités pour l'autre

- les objets de discours étant définis par le devenir multiple de leur «forme».

Confrontation qui conduit à concevoir en miroir, mais non en opposition,

les principes de l'invention culturelle et les figures de notre liberté chez

les deux penseurs.

D. P.

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