Revue des études slaves, n° 77-4. La figure de Judas Iscariote dans la culture russe

Judas est dans l'air du temps : on ne compte plus ces dernières années
les ouvrages, études scientifiques ou oeuvres de fiction qui tentent de
lever l'énigme de la trahison et du suicide du douzième Apôtre, et la
parution récente d'un pseudo-Évangile de Judas a permis de vulgariser
auprès du grand public les thèses gnostiques qui faisaient du traître
le disciple le plus initié du Christ. Il n'est donc pas sans intérêt de
rappeler qu'une véritable judamania déferla sur les lettres russes au
début du XX<sup>e</sup> siècle, particulièrement autour de l'année 1907 où le
thème fit florès sous toutes formes : essai, poésie, nouvelle, roman,
théâtre, au point que le critique Innokenti Annenski vit en Judas un
«nouveau symbole russe». À travers les différentes contributions de
ce recueil qui nous mène des apocryphes slaves à Iouri Dombrovski,
en passant par Pierre le Grand, Leonid Andreev, Alekseï Remizov,
Maximilian Volochine, le père Serge Boulgakov et même les futuristes
des années 1920, sans oublier le peintre Nicolas Gué, le lecteur est
invité à découvrir l'apport particulièrement fécond et original des
penseurs et artistes russes au mythème de Judas et à s'interroger sur
les raisons qui, aujourd'hui comme hier, poussent tant d'auteurs à se
passionner pour cette figure mystérieuse de l'Évangile.