La vierge gothique

La lourde porte de fer s'ouvrit avec un long grincement lugubre. Alice
Kirchner cligna des yeux, éblouie par la lumière jaune qui jaillissait
des dizaines de chandeliers d'argent, pour aller inonder l'immense
voûte de pierre. Malgré elle, elle esquissa un pas en arrière, et un
violent frisson parcourut son corps juvénile, entièrement nu sous la
longue robe blanche qui la couvrait des chevilles jusqu'au cou.
Emeline d'Etrépagny la prit par le bras et enfonça dans sa peau
couleur de miel ses ongles très longs, acérés comme des griffes et
entièrement recouverts d'un vernis noir et brillant.
- Tu ne vas quand même pas reculer maintenant ? souffla-t-elle, de sa
voix rauque et grave, perpétuellement voilée, à l'oreille d'Alice. Tu
vois bien qu'ils sont là pour toi. Tous ! Ils t'attendent ! C'est pour toi
qu'ils sont venus jusqu'ici. Pour assister à ton sacre...
Alice fit un pas en avant. Sans se douter que, parfois, «sacre»
pouvait rimer avec «massacre»...