Nouveaux bandits : après les parrains, les caïds

351 C'est le nombre d'homicides commis entre la Cité phocéenne
et la Corse en cinq ans. Alors que l'on assiste à une escalade
de la criminalité et que Marseille en expérimente amèrement les
méthodes, Bruno Aubry et Sèverine Pardini-Battesti se penchent sur les nouvelles
orientations du crime organisé, portant un regard expert, à la fois sociologique
et pragmatique, en prise directe avec le terrain.
Qui sont ces néo-bandits ? Depuis la disparition des grandes figures de la pègre
traditionnelle soumises au code d'honneur, de nouveaux groupes ont émergé.
Leurs membres participent à une révolution des moeurs et des valeurs.
Celle-ci se nourrit de la crise. Le réalisme économique, Internet et la mondialisation
ont mis fin à l'ère des parrains et accéléré l'atomisation du milieu pour laisser place
aux caïds. Leurs nouvelles pratiques sont expéditives et aveugles :
«Aujourd'hui, on tue pour 80 euros.» Cette nouvelle génération, plus jeune,
plus violente, souvent issue des quartiers sensibles et de l'immigration, plonge
ses racines dans la misère sociale des cités. Elle prospère avec l'essor de
l'économie souterraine et se caractérise par la radicalité de ses acteurs, leur
empressement à gagner beaucoup et vite, et par l'arrivée d'un nouvel armement,
comme la kalachnikov, désormais mutualisée, voire en location à la demi-journée.
À partir des événements récents, les auteurs décryptent ce phénomène sociétal
et l'apparition d'un banditisme à deux vitesses : les intérimaires de la gâchette,
artisans des règlements de comptes au quotidien, et les businessmen qui
investissent gros et tirent les ficelles dans l'ombre... ou plutôt sous le soleil,
sur les rives de la Méditerranée.