Le prince sur son Rocher

Le plus vieux souverain d'Europe règne depuis cinquante-quatre
ans sur le rocher de Monaco.
Autrefois ses sujets l'appelaient «le Prince», aujourd'hui
c'est «le Patron».
Rainier III administre une principauté de 195 hectares,
soumise à la «souveraineté limitée» que lui accorde la France,
son voisin et protecteur.
Aux premières années de son règne les caisses du palais
étaient vides, la situation financière des Grimaldi guère
brillante ; on découvre un souverain timide, falot, influençable,
entouré d'affairistes. En 1956, son mariage avec l'actrice
américaine Grace Kelly va transformer le personnage. En
moins de vingt-cinq ans, le vieux décor de la principauté
s'efface. Elles sont loin, les photos bistre des hôtels rococo,
des villas et des jardins d'opérette. Avec ses buildings,
Monaco devient une réplique miniature de Manhattan ou de
Hong Kong, ce qui vaudra à Rainier le titre de «prince bâtisseur».
L'autocrate dote les Grimaldi d'une fortune que ses aïeux
n'ont jamais possédée dans toute l'histoire du royaume.
L'édification de cette fortune va de pair avec les frasques
d'une famille qui fait fréquemment la une des magazines.
Mais fi des rubriques «people», place aux «affaires» ! Cinquante
banques et établissements financiers se partagent une
manne de soixante-dix milliards d'euros de dépôt, et
Monaco est dénoncée en tant que «lessiveuse d'argent sale».
Le paradis fiscal est désormais sous haute surveillance...
Rainier III a résisté à de Gaulle, il a roulé Onassis qui contestait
son pouvoir, il a trouvé en François Mitterrand un complice.
Au fil d'une crise diplomatique cyclique entre Paris et
le Rocher, voici l'histoire de ce confetti méditerranéen qui se
prépare au règne d'Albert.