Cahiers lillois d'économie et de sociologie, n° 45. Action et domination dans les relations de travail

Revaloriser le travail, augmenter le taux d'activité, réenchanter
le travail, moraliser l'entreprise, développer des relations
éthiques dans le champ de la production... , les dernières
années ont donné lieu à une série d'incantations visant à
sauver ce qui n'a pourtant pas besoin de l'être : la
centralité du travail dans nos sociétés. Cet affolement
politico-médiatique témoigne d'une incompréhension
profonde de ce qui se passe au travail : à la fois de ce qui
s'y produit et de ce qui s'y échange entre acteurs. Le pari
des contributeurs de cet ouvrage de socio-économie est
de revenir sur la question de l'acteur au travail dans ce
lieu particulier qu'est l'entreprise capitaliste hiérarchique.
Cette relation de domination hiérarchique qui
s'exerce depuis les postes élevés (les actionnaires ou les
propriétaires du capital) jusqu'aux plus bas (les postes
requérant le moins de qualification) n'exclut pas en effet
l'action : le travailleur prend des initiatives dans tous les
domaines et participe à la marche de l'entreprise (ou à
son blocage). Cette articulation modulée entre la capacité
d'action du travailleur et le contrôle hiérarchique
pose un problème au chercheur. Elle nécessite de sa part
un effort de créativité théorique visant à aboutir à une
représentation de l'action au travail plus complexe que
les traditionnelles modélisations des sciences économiques.
Cet effort voudrait ainsi contribuer à une
meilleure compréhension médiatique, politique et
sociale de ce que signifie travailler.