Au seuil de la mort : discours de mourants dans le roman espagnol contemporain

Si, pour être un être de fiction, le narrateur d'un récit a cet avantage
sur l'homme de pouvoir discourir jusque dans l'instant même de
sa propre mort, le recours d'un écrivain à une telle pratique fait
néanmoins figure de véritable tour de force. S'agissait-il avant
tout d'aller sonder l'insondable comme pour mieux pouvoir dire
l'indicible ou bien d'élargir le champ des possibles dans une
perspective de renouvellement du roman espagnol ? Toujours
est-il qu'un certain nombre d'écrivains espagnols - et pas des
moindres - optent pour cette singulière solution énonciative tout au
long des années quatre-vingt et au-delà. Sur la base d'un corpus
constitué de cinq oeuvres majeures parues en Espagne entre 1981
et 1991 - Teoría del conocimiento de Luis Goytisolo, El caldero
de oro de José María Merino, Beatus Ille d'Antonio Muñoz
Molina, La Iluvia amarilla ( La pluie jaune ) de Julio Llamazares
et La cuarentena ( Barzakh ) de Juan Goytisolo -, l'auteur de
ce livre s'emploie à cerner les enjeux ontologiques, narratifs,
esthétiques et idéologiques de la narration au seuil de la mort,
dans une attention constante à la lettre et tout en s'interrogeant
sur le rattachement de ces récits à une tradition. On cherche avant
tout à percer le sens de cet intérêt pour une telle solution narrative
à l'époque considérée, par la mise rapport des textes et de leurs
auteurs avec un contexte historique précis : la période qui a suivi
la Transition Démocratique, dont on peut ainsi mieux approcher
l'imaginaire. On doit aussi à cet ouvrage de mettre en lumière
toute la productivité littéraire de l'énonciation au seuil de la mort et
son implication dans le processus de déconstruction/reconstruction
d'une identité problématique du sujet contemporain, dans une
diction fictionnelle de l'Histoire et dans la réflexion sur la création
littéraire.