Cosmopolitiques, n° 4. Ce sexe qui nous dépasse

La sexualité et sa représentation ont pris depuis trente
ans une place publique qu'elles n'avaient pas antérieurement.
D'autres époques ont connu des ouvertures en
matière de moeurs, mais le mouvement actuel occupe
une véritable dimension politique, lancée par le féminisme
et prolongée par le mouvement gay.
Aujourd'hui, si la légitimité des revendications des
femmes n'est plus guère contestée dans les discours, des
situations fortement inégalitaires demeurent. L'idée
même de l'égalité, possible, nécessaire ou souhaitable,
est parfois mise en cause, dans la sphère publique mais
aussi dans la vie quotidienne, dans les relations interpersonnelles,
dans l'affirmation des «identités», qui semblent
aujourd'hui toutes discutables. Cette désorientation
en matière de sexes, requalifiés en «genres», mais
toujours aussi difficiles à dire, forme la trame de cet
ouvrage.
Les auteurs présentent leurs expériences de terrain
dans certaines associations (Femmes publiques, Act Up)
ou débattent des positions des autres (Ni putes, ni soumises).
Comment faire société avec les prostituées, avec
les jeunes - garçons et filles - des quartiers, sans éviter
de parler des enjeux de pouvoir qui se mêlent toujours
aux jeux du sexe ? Peut-on faire une politique de la
sexualité à l'aide de la loi, depuis l'avortement et la
contraception jusqu'à la parité, en passant par le PACS ?
Peut-on sortir des identités de genre assignées, comme le
préconise le mouvement queer , et peut-on en faire une
réelle orientation politique pour traiter le (encore) nouveau
désordre des sexes ? Autant de questions à la fois
politiques, identitaires et existentielles, qui donnent sa
force à cet ouvrage.
Nous pratiquons désormais des «cosmopolitiques» parce
que les liens qui nous attachent à nos mondes ne sont
pas à trancher mais à rediscuter, parce que la complexité est la
base même de toute l'écologie, parce que l'incertitude de notre
temps rend caduques ou ridicules les prétentions dogmatiques
ou technocratiques. Ces «Cahiers théoriques pour l'écologie
politique» se veulent une contribution régulière pour penser
l'activité politique des acteurs qui font tenir ces collectifs incertains,
qui cherchent à recomposer des espaces de pouvoir
ouverts.