Raïssa Maritain ou Le courage philosophique

Raïssa Maritain philosophe demeure une inconnue. On s'est intéressé
à sa biographie et à sa poésie ; on a négligé de reconnaître la
teneur philosophique de certains passages de ses ouvrages autobiographiques
et, plus grave, d'apprécier la valeur de ses essais
proprement spéculatifs. Pourtant, les problèmes qu'elle y soulève
sont essentiels et envisagés avec une hardiesse peu commune.
Avec l'éclairage de la pensée existentielle, sur le choix duquel
nous nous expliquons dans le livre, nous nous sommes proposée
d'examiner deux de ses textes : l'un, assez connu, «Au jardin des
plantes» (extrait des Grandes Amitiés ), sur un moment crucial de
sa conversion et, l'autre, un essai sur l'histoire d'Abraham qui fut
une suite de ruptures et de conversions.
Déterminer un moment décisif dans une existence, le considérer
sans rien dissimuler de son sérieux et du caractère dramatique
de son enjeu requiert indubitablement un courage intellectuel. À
l'interprète de le mesurer. Mais il lui revient aussi d'évaluer avec
justesse, au regard d'autres pensées, combien fut audacieuse la
réponse à la question que porte en lui chacun de ces instants où
se fait entendre, d'une manière ou d'une autre, une voix venue
d'ailleurs.