L'ombre des songes et l'éclat des jours

«Le soleil ouvrit vers son empire une sorte de haie d'honneur, semblable en son essence abstraite aux étendards hallucinés de flamboyants devenus minéraux, murs forts d'un royaume embrasé de laves inextinguibles.
Puis il y eut des mers, des sables et des combes. Des continents à peine entr'aperçus bordaient des flots vastes comme les songes, lente et mouvante émanation de l'inconscient perdu des genèses.
L'avion accusait la descente, et je croyais apercevoir la traînée rose et grise d'un couchant qui vidait l'horizon d'un soir morne. Or, à l'orient de la langue de rose s'épandait un lent coulement de splendeur. Je vis la mer de Chine, l'étang de feu dans lequel le dragon baigne ses nuits de volupté sacrée; et la mer s'épanchait d'un soleil rougeoyant d'écarlate, pourpre des raisins mûrs, ardeur des soirs vécus, lac d'effusions mystiques, où se mirait Phoebus qui refaisait les mondes.