Une belle époque

«Les portes du Cardinal avaient été repeintes. D'un
vert foncé qui ressemblait à celui des poubelles municipales.
J'avais appris que l'endroit était devenu un restaurant oriental
puis une gargote à brochettes. Aucune plaque n'indiquait son
activité actuelle, absence d'identité sociale laissant supposer
que plus grand monde ne devait se presser dans ce qui avait
été l'un des hauts lieux de la vie nocturne. En fermant les
yeux, j'aurais pu entendre des rires et des musiques. Sept ans
que je n'avais plus mis les pieds ici. Un septennat. Mot qui, à
son tour, disparaîtrait de l'usage au profit du quinquennat.
Parfois, je croise Daniel dans les rues de la ville quand
il revient pour quelques jours de vacances loin de son exil
marocain, mais les autres témoins de ce temps se font encore
plus discrets que l'ancien maître des lieux où nous nous étions
tant aimés. On ne passait pas douze heures sans se voir. Marc,
Antoine, Léon... Une fine équipe. Nous étions inséparables.
Tout s'est envolé. Il y a eu le procès. Mine de rien, cela a
compté.»