Les politiques de sécurité alimentaire au Sénégal depuis l'indépendance

Depuis son indépendance, en 1960, le Sénégal a connu une
impressionnante succession de politiques destinées à assurer la
sécurité alimentaire du pays. Malgré l'affichage «humaniste»
d'un développement intégré du monde rural, ces politiques n'ont
pas atteint leurs objectifs et l'on peut s'interroger sur ce qu'ont
été leurs motivations réelles. Politiques certainement, comme le
démontre cet ouvrage, mais économiques également car elles ont
permis à une multitude d'experts, de bureaux d'études, d'ONG,
d'organisations internationales, d'entreprises du BTP et de
fournisseurs divers, ainsi qu'à l'Etat, ses sociétés et la
bureaucratie locale, de prélever la plus grande part d'une aide
internationale dont le Sénégal, par l'intelligence d'un
positionnement de «bon élève», est devenu expert en captation.
On constate ainsi, au fil des décennies, un décalage permanent
entre les politiques affichées, toujours consensuelles et
«politiquement correctes», et les réalisations effectives.
Quarante-cinq ans après l'indépendance, le résultat est accablant
dans la plupart des domaines : montée de la pauvreté, épuisement
de l'environnement, écroulement des productions agricoles par
tête : en 2002, la production d'arachide par habitant ne
représentait plus que 17 % de celle de 1961, celle du mil/sorgho
45 % et celle du riz, malgré les investissements considérables
consentis par la communauté internationale, 72 %.